La lutte inégale contre la désinformation médicale sur les plateformes en ligne
Récemment, plusieurs études ont mis en lumière une tendance préoccupante : les grandes plateformes en ligne américaines semblent investir davantage d’efforts pour combattre la désinformation médicale sur leur sol que sur le continent européen. Selon un rapport d’Avaaz publié en avril, les informations erronées concernant le coronavirus ont deux fois plus de chances de rester actives sur Facebook lorsque elles sont visionnées en Europe qu’aux États-Unis, où leur suppression est effectuée de manière plus proactive.
Le phénomène du “Hold-up” représente une problématique francophone. Pour les plateformes américaines soumises à une forte pression, la France est perçue comme une priorité moindre. D’ailleurs, la portée de “Plandemic”, diffusé en anglais, est de fait plus large.
Pour illustrer cette disparité, une recherche sur Google.fr pour “Hold-up, version intégrale” renvoie à trois vidéos du documentaire publiées par différents comptes sur YouTube. En revanche, une recherche de “Plandemic, full version” sur Google.com mène vers des vérifications de faits et des extraits de médias traditionnels, mettant en avant la différence de traitement des contenus.
En date du 10 mai, une recherche Facebook pour “Hold-up documentaire” donnait de nombreux liens vers le film de complot. À l’opposé, la recherche “Plandemic documentaire” renvoyait vers le centre d’information COVID-19 de la plateforme. Sur ce point, les utilisateurs sont redirigés vers des informations officielles lorsqu’ils utilisent des mots associés aux vaccins ou au COVID-19, ce qui ne se produit pas pour “Hold-up”.
Facebook prend des mesures sévères pour pallier la désinformation relative au COVID-19 pendant la pandémie, affirmant qu’il est crucial de retirer les contenus qui enfreignent ses règles.
Face à ce “double standard”, l’EU DisinfoLab propose une régulation qui garantirait des normes harmonisées concernant la désinformation, ainsi que la responsabilité des plateformes, peu importe le pays ou la langue. Le projet de loi sur la modération du contenu, connu sous le nom de Digital Services Act, est considéré comme un pas dans cette direction.
Bon à savoir
- Les plateformes online américaines prennent souvent plus de mesures contre la désinformation locale qu’internationale.
- La langue joue un rôle majeur dans la diffusion des contenus, avec l’anglais ayant un accès privilégié à un public plus large.
- Les outils de recherche de Google et de Facebook réagissent différemment selon le type de contenus associés à la santé publique.
- Des initiatives comme l’EU DisinfoLab travaillent à l’harmonisation des régulations, mais cela nécessite du temps et une volonté politique.
Réflexions personnelles
Cette réalité soulève des questions essentielles sur la manière dont la désinformation est gérée à une échelle mondiale. Comment peut-on espérer que les utilisateurs fassent la part des choses lorsqu’ils sont confrontés à un tel déséquilibre dans l’accès à l’information ? Il est de notre responsabilité collective de défendre un espace d’expression accessible et informé, où la vérité se hisse au-dessus des intérêts financiers et des algorithmes. La lutte contre la désinformation devrait être un impératif pour tous, transcendant les barrières de la langue et de la géographie. Quelles actions concrètes devons-nous entreprendre pour garantir une information juste et équilibrée dans notre société numérique ?

