Un Défi Numérique : L’Opération de Propagande de Pékin Vis-à-Vis de l’Australie
Le mois dernier, une confrontation entre un appareil patrouilleur australien et un jet chinois au-dessus de la mer de Chine méridionale a rapidement dépassé le cadre aérien pour entrer dans l’univers numérique. La campagne orchestrée par Pékin met en évidence que les opérations d’information sont désormais une extension du pouvoir militaire, et que l’Australie doit se préparer à défendre ses récits pour garantir sa sécurité.
Entre le 20 et le 24 octobre, nous avons observé une campagne d’influence sur les réseaux sociaux visant à remodeler le paysage informationnel et à présenter l’Australie comme un intrus sur le plan territorial. Bien que la portée de cette campagne ne soit pas énorme, elle semble avoir été une tentative coordonnée d’amplifier le récit pro-Pékin via les médias d’État et un réseau de nouvelles agricoles. Cela constitue une leçon cruciale pour l’Australie.
Le 19 octobre, un P-8A Poseidon de la Royal Australian Air Force a été intercepté par un Su-35 chinois, un fait qualifié par Canberra d’« dangereux et non professionnel ». En retour, le ministère chinois de la Défense a accusé l’Australie de « provocation ».
Le récit de l’intrusion a été conforté par des médias d’État tels que le Global Times et CGTN, qui ont accusé l’Australie d’« intrusion illégale » dans l’espace aérien chinois. Sur les réseaux sociaux, ces plateformes ont relayé largement ces allégations. Sur X, le post du Global Times a été partagé par 19 comptes, tandis que la version anglaise de CGTN a reçu 10 reposts, totalisant plus de 16 000 vues. Plusieurs de ces comptes semblent être dédiés à la diffusion de contenus pro-chinois, avec des identifiants souvent automatisés, soulevant des questions sur l’authenticité de ces communications.
De plus, un réseau médiatique factice, surnommé « Falsos Amigos », a soutenu cette narrative. D’après Graphika, ce réseau se compose de sites Web qui semblent utiliser du contenu généré par l’IA pour se donner des allures d’organes d’information indépendants, dans diverses langues. Ces sites ont réitéré le récit chinois, brouillant les pistes de leur origine et mimant des médias légitimes.
Pour évaluer cette campagne, nous avons utilisé le cadre d’analyse et de gestion des risques en matière de désinformation, communément appelé DISARM, un outil approuvé par le Centre d’excellence de l’Union européenne pour contrer les menaces hybrides.
Nous avons identifié trois objectifs principaux : dénigrer l’Australie et sa réputation sur la souveraineté, exploiter des opinions polarisées sur cette question, et renforcer la propagande d’État en amplifiant les narratifs officiels. Ces objectifs s’inscrivent dans la stratégie globale de Pékin de revendiquer le contrôle sur des territoires maritimes contestés, étant donné que l’interception a eu lieu près des îles Paracel, également revendiquées par Taïwan et le Vietnam.
Le contexte temporel de la campagne est significatif, atteignant son paroxysme avant une rencontre entre le Premier ministre australien et le Premier ministre chinois. La suite des événements montre comment Pékin maintient une dualité : vilipender l’Australie en ligne tout en adoptant un ton conciliant dans les dialogues diplomatiques.
L’Australie a bien fait de réaffirmer, par voie officielle, que ses opérations respectent le droit international, malgré les affirmations contraires de la Chine. Toutefois, davantage de mesures sont nécessaires. Les partenariats internationaux devraient servir de plateformes pour affermir la réputation de l’Australie, y compris par le partage d’informations avec les réseaux régionaux.
Bon à savoir
- La désinformation est devenue un outil stratégique pour les États en conflit, modifiant les perceptions publiques.
- Les réseaux sociaux jouent un rôle capital dans la diffusion de ces narratives, parfois par le biais de comptes automatisés.
- L’utilisation d’IA dans la création de contenu soulève des questions éthiques et peut aboutir à une manipulation de l’information.
- La coopération internationale est essentielle pour contrer ces campagnes et bâtir des défenses informationnelles solides.
- Le soutien à un journalisme rigoureux et à des réseaux de vérification des faits est vital pour maintenir l’intégrité de l’information.
Le combat pour la vérité est aussi crucial que celui pour le territoire. Canberra doit être conscient des manipulations narratives qui se déroulent dans ces zones grises, et être préparée à contrer des menaces hybrides. La manière dont l’information est façonnée peut radicalement influencer notre réalité. Il est donc impératif que nous investissons dans la résilience informationnelle, en favorisant un journalisme crédible et en établissant des collaborations qui nous aident à identifier et à neutraliser les campagnes de désinformation.

