La Culture à la Télé : Entre Éclats Passés et Déceptions Actuelles
Dans les années 80 et 90, la BBC trônait en maître comme l’incontournable gardienne de la culture. Les enseignants trouvaient un réconfort précieux en laissant à la Beeb le soin de distiller “le meilleur de la pensée et de l’expression”.
Le téléviseur sur roulettes accueillait des cassettes VHS soigneusement sélectionnées au sein de la réserve dorée des documentaires de la BBC. Ainsi, nos matinées s’écoulaient dans une contemplation émerveillée des chefs-d’œuvre de l’art, de la littérature et de l’histoire.
Nous avons, tour à tour, suivi les pas des empereurs romains dans I, Claudius, puis avons accompagné Michael Wood dans sa quête d’Achille à travers In Search of the Trojan War, ou encore John Morrison cherchant son trirème grec.
À l’époque, il était impensable qu’une œuvre de grande envergure n’ait pas son équivalent à la BBC. Aucune retenue à promouvoir la tradition occidentale, aucun sentiment de honte face à la richesse de la culture.
Des programmes demeurent gravés dans les mémoires, comme les diffusions de la Radio 3 pour le tricentenaire d’Henry Purcell en 1995, ou le marathonesque Bach Christmas en 2005, où les œuvres de Jean-Sébastien Bach défilaient sans relâche. Impossible de quitter la maison, ni de trouver le sommeil.
Cependant, c’est avec un certain effroi que beaucoup constatent l’ampleur du changement dans les programmes actuels. Que montrer aux élèves le samedi matin, lorsqu’ils sont encore engourdis par le sommeil ? Quelles nouvelles productions ambitieuses et enrichissantes sont disponibles ?
Ce n’est pas par un regard nostalgique que l’on évoque cette époque. En mars 1982, Radio 4 proposait des lectures d’œuvres classiques tout en animant des débats théologiques. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Les documentaires d’Omnibus, interrompus en 2003, mettaient en avant des figures comme Janacek, Gauguin, les Frères Grimm et Titien. À part quelques coins de radio et un peu de BBC 4, cette richesse semble bien loin de nous désormais.
La BBC produit encore des émissions spectaculaires, mais la programmation culturelle consistante de jadis s’éloigne de plus en plus. Pourquoi ? À cause d’une profonde hésitation des audiences à apprécier la haute culture.
La fuite du mémo Prescott a révélé que la BBC avait, en réalité, ignoré les critiques d’académiciens, qui dénonçaient des distorsions fréquentes et un mépris flagrant pour l’histoire britannique.
Dans ce climat, il est compréhensible que la BBC se sente peu encline à produire des programmes vantant les trésors de la culture occidentale. Si la BBC ne vise qu’à servir des formats tel que Traitors, a-t-elle encore une réelle fonction de service public ?
Bon à savoir
- La BBC a longtemps été synonyme d’excellence en matière de contenu culturel, mais cette réputation est en danger.
- Des productions emblématiques comme Omnibus ne sont plus à l’ordre du jour, laissant un vide dans l’offre de programmes riches et instructifs.
- La critique constructive des académiciens semble avoir été étouffée, laissant place à une vision réductrice de la culture.
- Les « grands classiques » que l’on apprenait jadis semblent désormais relégués au fond de nos placards ou, à la rigueur, sur YouTube.
- La télé-réalité et les épreuves de célébrités continuent de dominer, mais à quel prix pour l’instruction et la culture ?
Gardons espoir ! L’émergence d’une nouvelle génération de créateurs pourrait bien réinventer notre consommation culturelle. Rappelons-nous que la culture est une fête, et que chacun a sa place sur la piste de danse.
